Cette femme attire les regards. On la voit de dos, elle est mince et élancée, ses cheveux semblent flotter autour d’elle, avec une vie propre. Pas de doute, on a affaire à un joli spécimen. Elle possède sans doute une sacrée personnalité, elle a de la répartie, des idées, c’est une vraie force de la nature.
Puis elle se retourne. Et le rêve part en morceau.
Pourquoi, selon moi ? C’est simple, elle a un menton très fuyant, bien sûr ! Peut-on d’ailleurs véritablement qualifier cela de menton ? Non, sans doute pas, cela ressemble trop à un début de cou pour cela.
J’ai toujours détesté cette particularité physique, chez les autres. Elle donne au visage un air mou et idiot, l’air de quelqu’un qui n’a pas d’avis, qui suit celui des autres, qui se laisse volontairement berner par le plus fort, pour se protéger soi-même, ne surtout pas se mettre en danger et exprimer des opinions trop contradictoires. Bref, oui, quelqu’un de très mou, quoi, un gros suiveur inintéressant, qui n’en est pas moins antipathique, puisque pour continuer à suivre les autres, il est près à t’écraser, toi. (oui, j’en ai connu, je sais de quoi je parle.)
Récapitulatif de ce texte particulièrement empreint de raccourcis et de préjugés :
menton fuyant voire inexistant = manque manifeste de personnalité, et d’idées.
Voilà. Mais pourquoi je te parle de ça, me diras-tu ?
Oh, rien de moins compliqué. J’ai toujours peur de moi-aussi, être catégorisée un peu vite dans une catégorie, à cause de mon aspect physique. Enfin, quand je parle de peur, et de toujours…disons que ça me préoccupe parfois. Je regarde mon profil, et me dis :
- oh oh, ça, ne serait-ce pas également un menton légèrement fuyant que nous avons-là ? Et ces joues un peu rondes ? Cela ne me catégorise-t-il pas comme la nouille de service, aux yeux des autres ?
Oui, je sais, il y en a qui ont du temps à perdre, mais bon…toujours est-il que je n’aimerais pas reprocher aux autres ce qu’il y aurait de plus flagrant chez moi, par exemple. Une histoire de poutre dans l’œil, ou je ne sais quoi d’autre, sans doute…
Alors si un jour vous me croisez dans la rue, et que je marche légèrement le menton en avant, ne vous en étonnez pas, vous en connaissez la raison, désormais…




















