Sache-le, même seule chez toi, tu es toujours un peu en danger. A tout moment, ton univers peut basculer, tu te retrouves les pieds dans le vide, loin de tous repères.
Moi, c’est arrivé vendredi, alors que je rédigeais consciencieusement mon article sur les ânes. Oh, comme j’étais innocente, encore, à cet instant !
Mais le téléphone a sonné.
Mon père était au bout du fil. Tu le verras, il ne s’embarrasse jamais de préambule, si bien que tu ne comprends qu’au dernier instant que non, ce n’est finalement pas une question de vie ou de mort.
C’est moi. Tu peux faire quelque chose pour moi ?
Mon esprit s’affole. Il veut la carte de groupe sanguin de ma mère ? Que j’appelle les urgences parce que son téléphone n’a plus de batterie ?(quelle conne.) Je dois organiser ses funérailles ? (Mais alors, comment il fait pour m’appeler ?)
En fait, je réponds « oui », prudemment. Normalement, mes parents font les courses, c’est pas trop risqué, comme situation, si ?
Bon. Je voudrais que tu ailles ouvrir le capot de la Samouraï.(Note : voiture type 4×4 de marque Suzuki). Le capot est déverrouillé, mais tu dois tout de même appuyer sur un petit levier, sous le capot, pour qu’il s’ouvre.
Ma respiration s’accélère, mon pouls atteint des sommets. Putain, non, un truc de voiture !
Je me retrouve devant la voiture, essayant de reprendre un peu confiance en moi, mais pensant, en mon for intérieur :
merde, ça va trop être la honte, si j’arrive même pas à ouvrir le capot ! Je vais me faire engueuler, il va me traiter d’incapable, « et comment tu vas faire pour te débrouiller quand t’auras une voiture, grosse courge ?! », ah oui,c’est vrai d’ailleurs, comment…chut ! Concentre-toi, trouve le petit bidule à actionner, bordel !
Moi, en règle générale, je n’aime pas trop les petits bidules à actionner. Parce que soit ils sont coincés, et je n’y arrive pas, soit je ne les trouve pas, et le résultat est le même.
Je pose le téléphone par terre…et je cherche, des doigts, d’abord, puis la tête penchée, pour essayer de distinguer quelque chose. Rien. Pas de bitoniot, que dalle.
Je reprends le téléphone, en désespoir de cause. « Je trouve pas. »
RRrrrrrrrrrrrrrrrrrrhhh. Bon (il a du se raisonner, avant de gueuler, c’est bien), tu es sûre que c’est déverrouillé ? T’as regardé dans la boite à gants ?
Ah, la boîte à gants. Mais aussi, pourquoi ils ont mis DEUX verrous, bordel ! Ça arrive souvent, qu’on vole un moteur de Samouraï ???Vérification : nan, c’était bien déverrouillé, en fait. Je repenche ma tête sous le capot. Et là, je vois…un truc qui ressemble à un bidule à actionner, de loin, et la tête penchée à 45°, donc. J’actionne le bidule. Le capot se soulève, je le coince avec la barre magique qui sert à coincer les capots. (sinon : coup du lapin, parfois.)
Je reprends le téléphone, toute fière. Ce sera déjà ça que j’aurai réussi à faire !
Bon, maintenant, tu vois la batterie ?
Moi :
Mmmmh mmmmhhh, bien sûr que je vois la batterie.
Coup d’œil paniqué à droite, au centre, à droite, à gauche, en bas, en haut, au centre…à gauche, la batterie, oui !!!
Bon, va chercher un mètre mesureur.
Trois minutes plus tard, j’en ai enfin trouvé un, non sans peine, et non s’en m’être fait un peu plus houspillée. (« A droite du compteur, dans la boîte ouverte !!! »). Retour face au moteur, ou plus précisément, à la batterie.
Consigne ? La batterie mesure 13,5 cm de large. Sachant qu’elle est entourée de deux tiges en métal (rouillées, et que tu peux prendre le tetanos avec, à tous les coups, même) combien de centimètres au maximum peut faire une nouvelle batterie ?
Mmmhhhh…Joker ?
Ah non, c’est vrai, j’ai un mètre mesureur, je suis sauvée !!
Cinq minutes encore plus tard, mon père a sa réponse, le forfait de téléphone de ma mère est bien entamée, j’ai vécu mon aventure la plus palpitante de la journée, j’ai appris des truc incroyables (l’emplacement du mètre-mesureur), j’ai cru que mon sens de l’observation valait enfin quelque chose (ah ah ! Moi j’ai trouvé le petit bidule rien qu’avec mes yeux !), et j’ai sans doute un peu énervé mon père.
Je te l’avais dit, qu’on n’était jamais à l’abri de rien !










