Mon père, c’est un saint, un peu. Je veux dire par là qu’il a des valeurs, qu’il s’y tient toujours, et les défend. Ne pas écraser son prochain, l’égalité, la liberté…bon, tout ça, c’est facile de dire qu’on est d’accord, je te le concède. Mais lui, il ne prend pas ça à la légère. Du coup son comportement s’en ressent.
Il n’aime pas non plus dire trop de mal des autres. Quoique maintenant qu’il s’est habitué à nous entendre le faire, ma mère et moi, il est plus indulgent face à nos bassesses. On l’a échappé bel, vu qu’on adore bitcher entre filles. Et il participe un peu, parfois. Mais on voit bien qu’il n’aime pas trop ça. Surtout quand on parle en mal de sa famille.
Et en parlant de famille, mon père aime et pratique l’omertà.(et on n’est même pas corses). Surtout envers ceux qui sont morts. Tu as presque l’impression que les aïeux, eux aussi, étaient des saints. Alors qu’en fait, non, pas du tout. Pas plus que nous, du moins. Et même, peut-être qu’ils étaient pires, si ça se trouve. On ne peut pas savoir, je te dis, puisqu’on ne peut pas en parler. Pour commencer, on a du mal à dire que ses parents sont morts. Pas facile alors d’aborder quelque autre sujet.
Du coup, lorsqu’on se retrouve face à des objets personnels ayant appartenu à ma grand-mère paternelle, autant te dire que rien n’est évident. Elle est décédée en 1995, je n’avais que 10 ans. Et comme son mari est mort en 2007, ces dernières années ont été consacrées en vidage de maisons et partage des affaires…sauf qu’une fois que ces dites affaires sont arrivées chez nous, elles ont stagné un long moment dans des cartons au sous-sol avant que nous ne les déballions. Ce que mon père a fini par faire, il y a quelques jours…
To be continued










