La nuit, la porte de ma chambre reste ouverte.
Oh, ne va pas croire que c’est par peur, je te rappelle que j’ai vécu quatre ans toute seule et m’en suis très bien sortie ! Mon retour chez mes parents n’est qu’éphémère. (Non, mais non, que dis-tu, je ne suis pas en train de me justifier, pas du tout…) Bref, sache que si ma porte reste ouverte, c’est à cause du chauffage au bois, et parce que j’aime bien avoir chaud.
Mais cette porte ouverte appelle à quelques visites nocturnes…les chats.
On en laisse quelques uns au premier étage, la nuit, par flemme, ou par pitié, mais force est de constater qu’à chaque fois, sur le coup de trois, quatre, ou cinq heures, un ou plusieurs chats sonnent à la porte sautent sur le lit, s’enroulent dans le tapis, miaulent, font leurs griffes, dans le but bien avoué de me réveiller et me faire ouvrir une porte, vers le sous-sol ou l’extérieur, selon l’humeur du moment. Celle du chat, pas la mienne, car est-il besoin de rappeler que je viens d’être extirpée de mon lit bouillant, et par là-même, de mon sommeil ? Une envie, je n’en ai donc qu’une : me recoucher le plus rapidement possible.
Hélas, trois fois hélas, les choses ne sont jamais aussi simples, dans le royaume des psycho-rigides. (en vrai je sais pas exactement ce que ça veut dire, on n’étudie pas ce truc-là, en vrai psycho).
Vois-tu, si je me lève pendant la nuit, un rituel immuable s’impose alors. On le nommera le rituel:
BOISSON – PIPI – EAU SUR LA TETE. Dans cet ordre, sinon ça ne marche.
Donc, après avoir viré le connard de chat, dans un état totalement comateux, je tente de me diriger promptement vers la cuisine, ouvre le frigo, bois un peu d’eau, referme le frigo, passe la porte de la cuisine et la referme, vais aux toilettes, pipi, sors des toilettes, vais dans la salle de bain, me rince la bouche et le visage, m’essuie rapidement et retourne -enfin !- me coucher, pour sombrer immédiatement dans le sommeil. (pas de temps à perdre, le lendemain matin, une heure de sport m’attend).
Mais t’imagine bien que là, c’est quand tout va bien.
Les nuits où presque tout va bien, c’est qu’une petite chose déconne. C’est le bruit qu’on n’a pas su détecter alors qu’on dormait profondément, ce léger bruit émanant de la pièce à côté de la chambre, à savoir la salle de bain.
C’est l’attache d’une serviette de toilette qui cède, et tombe par terre. Vous savez, ce sont ces attaches transparents, en plastique.
Le chat arrive, on se réveille, le rituel s’enclenche. Cuisine. Toilettes. Salle de bain. Jamais besoin de lumières, pour cette dernière étape, puisque ma chambre, juste à côté, est allumée, elle. Mais ce n’est pas pour ça qu’on voit très bien, surtout quand on est dans le coma. Ce n’est pas pour ça qu’on distingue l’horrible pique en ferraille, pointant cruellement vers le ciel. Ce n’est pas pour ça qu’on voit ÇA !
Tu l’auras compris, j’ai joui très très fort, cette nuit-là. Puis je suis retourné me coucher, comme si de rien n’était. Comme si le rituel n’avait pas été brisé par un morceau de fer s’enfonçant dans la plante de mon pied. (orange, la plante).
Finalement, quand on y pense, c’est à cause des chats…
Pour info, c’est ce chat-là qui est resté coincé dans un arbre, dans la forêt.












