« Tu as toujours aimé transgresser les règles. Enfant, tu volais de petits objets à tes camarades, pas par envie, mais juste pour voir : en étais-tu capable ? Les adultes découvriraient-ils ton méfait et te puniraient-ils ?
Plus tard, les risques encourus ont augmenté… Je ne puis dire si cette attitude était normale ou pathologique, et finalement, peu m’importe. Je sais seulement que cet après-midi-là, lorsque tu as escaladé le mur et que, bon gré mal gré, je t’ai suivi, enfonçant mes mains et mes pieds entre les pierres rugueuses et tachées de lichen, tu étais bien le seul à te sentir à l’aise et détendu.
Moi, j’aurais seulement désiré être ailleurs. Pourtant, je savais bien que la vieille bâtisse n’était plus habitée depuis des années, mais la simple idée que quelqu’un nous aperçoive me tétanisait. Et pourquoi prendre un tel risque, de toute façon ? Cette villa bourgeoise était bien entendu verrouillée et parfaitement barricadée. Tu ne fus tout de même pas suffisamment téméraire pour tenter d’y pénétrer par effraction, et je peux maintenant t’avouer que cela me surprit. L’adrénaline provoquée par ton premier méfait avait-elle été suffisante à tes yeux ?
Nous nous retrouvâmes alors à errer dans ce grand jardin automnal, et tu voulus t’asseoir à cette table de jardin, comme pour prétendre durant un instant que cette magnifique demeure était tienne.
Ce furent les minutes les plus longues de ma vie. Je n’avais qu’une envie, prendre mes jambes à mon cou et fuir au plus vite. Je sus au moins ce jour-là que je n’étais pas de celles qui, en prenant des risques, prennent aussi du plaisir. »
Ce texte était ma participation au jeu d’écriture de Madame Kévin, à partir d’une photo prise par Lizly :
Les autres participations sont ou seront publiées sur le blog à mille mains.









