Résumé de la situation :
Je suis seule, un lundi soir. Il pleut à torrent, et le vent souffle fort.
J’aimerais quand même aller au cinéma, mince, ce temps-là, ça ne devrait pas être une assez bonne raison pour se calfeutrer chez soi. (et pourtant, est-ce bien vrai, d’ailleurs ?)
Deux possibilités : le ruban blanc, au ciné le plus proche, à trois kilomètres, ou 2012, à 18kms, 36 allez-retour. Sous la pluie, la nuit, avec du vent, et surtout, avec pour conductrice une jeune femme qui s’est il y a peu extirpée avec difficulté de sa phobie de la conduite. Mais qui n’est pour autant pas hyper rassurée à l’idée d’affronter ces conditions au volant. Oh, au fait, cette jeune femme, c’est moi !
Alors, elle fait quoi la blonde ?
Ouais ouais, elle va voir 2012 à 18 kilomètres, sous la pluie, dans le noir complet. (mais il y a des phares, quand même !) Et elle se décide 5 minutes avant de partir, bien entendu.
Mais là n’est pas le problème. Non, il est plutôt là, et là.
Eh oui, même si on a affaire à un film d’anticipation, le ciné date bien, lui des années 70…et la salle n°1 n’a pas de son. (en fait, si, mais disons que t’entends mieux la respiration saccadée de ton voisin de gauche (mais qu’est ce qu’il fout, d’ailleurs, lui ?!) que les dialogues du film, c’est dire…) Et pour une fois, je n’accentue pas le trait, juré craché.
(Oh, et au fait, pour ta gouverne, sache qu’il n’y a que deux salles, dans ce ciné, et c’est déjà grand. Parce qu’à trois kms, il n’y en a qu’une…)
Je te passe le trajet, qui nous prouve simplement que je deviens peu à peu une pro du volant, et je te raconte immédiatement la chute, ça a assez duré, je crois.
Je me présente la gueule enfarinée au guichet, fière de moi, gonflée à bloc, confiante, après avoir réussi un créneau digne de…merde…Schumacher ?! Mouais, pas sûre qu’on ait besoin de se garer, en F1, finalement.
« Bonsoir mon chou, oh, comme tu es souriant en cette belle soirée » que je lui dis, au guichetier.
« Face à toi, je passe pour une porte de prison, ma rayonnante princesse » qu’il me répond.
(tu l’auras compris, les dialogues ont été quelque peu modifiés afin d’introduire quelques éléments romantiques qui se font très rares, ici.) On continue.
Mes pieds touchent à nouveau le sol, et LA question importante me brûle maintenant les lèvres.
« Poussin, hein que 2012, et ben il passe pas dans la salle où il n’y a pas de son, ce soir ?! »
« Si. »
Mon sourire se fige, les traits de mon interlocuteur fondent peu à peu, dévoilant un rictus cruel et pervers, là où j’avais cru voir quelques secondes plus tôt un prince charmant.
Je tourne enfin les talons et m’enfuie en sanglotant.
Et me retape comme une conne dix-huit bornes dans l’autre sens, sous la pluie, le vent, la nuit – mais avec des phares.
La suite plus tard...














